Ciel couvert, temps gris et même quelques gouttes de pluie… Incroyable, le temps de ce début juin 2009 semble tout chamboulé. Heureusement il ne fait pas froid et quelques belles éclaircies viennent rompre la monotonie de la grisaille et apportent chaleur et lumière vive.
C’est parfait pour faire de belles photos sur les fonds riches du promontoire de Portofino ou nous plongeons cette semaine.
Situé à une trentaine de kilomètres au sud de Gênes c’est une presqu’île qui s’avance dans la mer, et offre des paysages sauvages et totalement préservé car la région est protégée depuis 1935 et possède le statut de « Parc naturel régional » depuis 2003. De plus le promontoire se trouve à l’intérieur du Sanctuaire des cétacés de la Méditerranée et les plongées se déroulent dans l’Aire marine protégée de Portofino.
De quoi nous rassurer donc, mais voyons si la faune et la flore tant espérée sont au rendez-vous !
Départ de Santa Margherita Ligure. Le bateau de Luca, le patron du DWS, le centre de plongée qui nous accueillera toute la semaine, est entièrement pour nous. En effet, la semaine, même en période de vacances, il y a largement de la place, contrairement aux week-ends qui, eux, sont quasiment surchargés toute l’année.
Puis le décor change. Sur le tombant, les gorgones rouges font place aux anémones jaunes (Parazoanthus axinellae). Toujours les barbiers et les castagnoles emplissent le paysage et donnent vie à la paroi du tombant.
Soudain, dans le bleu, une ombre s’approche. Mais oui, cette silhouette, cette nage saccadée… c’est bien un poisson lune (Mola mola). Plus haut, au sommet du rocher, voici les bancs de sars. Cette fois ils sont accompagnés par quelques corbs (Sciaena umbra) qui s’éloignent nonchalamment si le photographe essaye de les poursuivre.
Puis passent en rang serré un banc de saupes (Sarpa salpa) que l’on peut photographier avec les reflets de la surface agitée.
Nous voici sur le corps mort retenant la bouée pour effectuer les quelques minutes de décompression nécessaires avant de pouvoir rejoindre la surface.
Lentement la remontée commence et c’est l’occasion de scruter chaque faille de la roche. Sous un surplomb la lumière révèle une splendeur : le plafond est tapissé de corail rouge (Corallium rubrum) « en fleur », ce qui signifie que chaque polype, animal constituant la colonie corallienne, a sorti ses huit tentacule, afin de capturer les proies planctonique et, ainsi pouvoir se nourrir. Juste au dessus une langouste (Palinurus elephas) étend ses deux antennes sur la paroi, prête à rentrer dans son trou à la moindre alerte.
Tiens, juste là, un doris géant (Hypselodoris picta picta) et plus loin une grosse rascasse rouge (Scorpaena scrofa), nonchalamment posée sur le rocher. Elle ne bouge pas et se laisse photographier tranquillement. Plus loin, une murène s’enfuit et rasant les gorgones.
Il n’y a presque jamais de courant et la brève descente dans le bleu nous emmène 12 à 15 mètres plus bas, au milieu des poissons qui virevoltent comme des moineaux. Les gros dentis (Dentex dentex) s’éloignent prudemment dans le bleu. Depuis ici la plongée commence : en quelques coups de palmes nous voici au bord du tombant. La descente régulière nous fait passer la thermocline et l’eau se refroidit. Un coup d’œil aux instruments : 14 degrés, c’est la température moyenne en dessous de 20 mètres en méditerranée.
Le bleu augmente d’intensité, les couleurs disparaissent, tout devient terne et foncé. En fonction des sites la profondeur varie de 30 à 45 mètres. Dans le faisceau de la lampe les couleurs se ravivent et les gorgones rouges (Paramuricea clavata) apparaissent dans toute leur splendeur. Beaucoup ont encore des reste d’algues qui se sont développées quand la température de l’eau est montée trop haut, un été voici quelques années. Ceci nous rappelle que la vie est fragile et ne supporte pas bien les variations trop importantes de la température de l'eau.
Mais, dès 45 mètres les gorgones rouges ne sont colonisées que par des œufs de roussette (Scyliorhinus canicula), petit requin qui vit dans les anfractuositésrocheuses et vient la nuit déposer ses œufs, confiant à la mer le soin de s’en occuper jusqu'à ce que les petits en sorte, minuscules requins déjà complètement formés. Le spectacle est magnifique, barbiers (Anthias anthias), sars (Diplodus sargus sargus) et castagnoles (Chromis chromis) forment un nuage de poisson sur ce magnifique fond de gorgones rouges.
Quelques minutes plus tard nous navigation le long du promontoire. Les vagues venues du large viennent se briser sur la falaise et forment une frange d’écume tout le long de la côte. Plusieurs bouées sont bien visibles le long de cette côte. Elles balisent les endroits de plongée et les bateaux viendront s’attacher dessus. Les fonds alentour sont ainsi préservés des milliers d’ancres qui ne manqueraient pas de les détruire si tous les bateaux devaient mouiller sur les sites de plongée. Ces bouées constituent un repère sous-marin efficace et offrent au plongeur un confortable pendeur pour finir les paliers de décompression.
Nous voici amarrés sur le site et « Tonino » le pilote qui sera aussi notre guide sous-marin fait son briefing. Tout le monde est attentif et retrouve facilement les indications de « Tonino » car chacun a parcouru la jolie brochure qui est disponible dans tous les centres de plongée de la région et qui présente un dessin et une description détaillée de chacune des plongées en donnant un aperçu des espèces les plus fréquemment rencontrés. Une excellente initiative que ce petit guide qui sert aussi de carnet de plongée.
C’est le moment de nous immerger. A cette saison elle est claire et à déjà 21 degrés. Elle se réchauffera encore et pourra atteindre 25 en août mais la visibilité sera alors moindre car l’eau contiendra beaucoup de plancton. Pas de problèmes pour des plongeurs habitués aux eaux de nos lacs. Une combinaison de 5mm avec son mince gilet fait parfaitement l’affaire. Et la manipulation des appareils photo sans gants est un pur plaisir…
Plonger le long du promontoir de Portofino